Jean-Yves LE DÉAUT - Député de Meurthe-et-Moselle

Pourquoi j’ai voté le Pacte de stabilité ?

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C’est la perte de compétitivité de la France qui est à l’origine des déséquilibres des finances publiques, comme du chômage. Celle-ci menace notre pouvoir d’achat, notre niveau de vie et notre protection sociale.

Je suis tout autant préoccupé de ces évolutions que ceux qui se proclament « à la gauche de la gauche », mais un gouvernement, fut-il socialiste, ne pourra distribuer que les dividendes qui proviennent des résultats de notre économie. Si l’on choisit une autre politique, on vit à crédit. Le Président Hollande aurait pu « faire du Sarko », emprunter un peu plus pour amortir les chocs ; il n’aurait fait que retarder le problème en transmettant à ses successeurs la « patate chaude » de la situation difficile de la France. Il faut se rendre à l’évidence, la France décroche, le Président a choisi, sans doute trop tardivement de dire la vérité sur la situation du pays et d’indiquer la seule voix qui permette son redressement.

Si le Pacte de stabilité est nécessaire, il ne peut pas se faire au détriment des ménages et des classes moyennes et populaires. C’est précisément ce qu’a proposé le Premier Ministre, en excluant du dispositif les petites retraites, les salaires des fonctionnaires les plus modestes ou encore en revalorisant le RSA. Je pense que la relance doit s’effectuer grâce à des niveaux de salaires préservés, mais je suis également convaincu que la France doit améliorer sa politique de l’offre pour soutenir la croissance et surtout améliorer la balance de notre commerce extérieur. Ce sont des milliards d’euros d’excédent qui font aujourd’hui la force de l’Allemagne.
Il y a des révolutions culturelles à mener en France. Il faut rapprocher le système éducatif et nos entreprises, mieux financer notre industrie, en particulier nos PME, et enfin avoir une véritable stratégie industrielle européenne. Nous ne vivons plus en vase clos.

Un véritable pacte social doit être le pendant d’un pacte de stabilité. Il faut effectivement que la stabilité budgétaire, l’amélioration de la compétitivité aille de pair avec plus de justice sociale. Je souhaite qu’une concertation s’ouvre sur le financement des prestations sociales, une partie de celle-ci devrait à mon sens être transférée sur la fiscalité, sur la sécurisation des parcours professionnels, intégrant les périodes de chômage et de chômage partiel, sur la formation des personnes tout au long de la vie.

Je regrette qu’au moment où nous aurions dû être unis pour redonner confiance aux Français, nous ayons affiché nos divisions. Pour moi l’abstention sur le vote du Pacte de stabilité n’est pas un vote d’avertissement, ni un message d’alerte comme l’écrivent certains. Car si certains députés socialistes sont en réels désaccord, ils doivent clairement s’exprimer en votant contre, en mêlant leur voix à celle de l’UMP, – le gouvernement sera renversé – et ils s’apercevront (j’ai connu, bien que j’y ai résisté, la déroute de 1993) qu’ils seront balayés avant que la gauche n’ait pu entamer la moindre réforme. Les électeurs ne feront pas la moindre différence entre ceux qui ont voté la confiance au gouvernement et ceux qui se sont abstenus. La gauche sera dans ce cas écartée pour des dizaines d’années. L’abstention peut donner bonne conscience, mais n’a pas de réelle signification politique puisqu’elle est « sans frais ». Nous sommes tous sur le même bateau, le bateau de la gauche. Elle sera confortée si elle réussit à renouveler notre tissu productif, donc à créer des emplois, elle sera sanctionnée si elle échoue dans le redressement de notre pays. Cela peut avoir lieu tout en portant haut nos valeurs de justice sociale et de solidarité. Nous devons faire preuve de courage politique mais en « jouant plus collectif », c’est la condition pour que l’on passe du pacte de stabilité à un véritable pacte de confiance et que les Français croient à nouveau en nous.

Jean-Yves Le Déaut.

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