Jean-Yves LE DÉAUT - Député de Meurthe-et-Moselle

Loi Fioraso, l’anglais hors-la-loi ?

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La matinée du 23 mai a été consacrée à la possibilité d’étendre les exceptions à la loi Toubon de 1994 permettant l’enseignement partiel dans d’autres langues à l’université. Cette question, certes importante, a pris 10% du temps programmé (30h). C’est pourtant l’exemple même des querelles byzantines que l’on pourrait aujourd’hui qualifier de « françaises » car les arguments avancés par les détracteurs sont souvent les mêmes que ceux revendiqués par les défenseurs de l’ouverture de l’enseignement supérieure à d’autres langues.

Nous réclamons tous le multilinguisme, l’apprentissage d’une autre langue dès l’enseignement primaire, nous croyons tous à l’universalité de la langue française, nous défendons tous la Francophonie. Ce sont les moyens d’y parvenir qui nous différencient. Je préfère une démarche pragmatique basée sur la réalité à une approche théorique et jusqu’au-boutiste. Il y a une forme d’hypocrisie à revendiquer le maintien de la loi dans sa forme actuelle alors que selon l’UNED, un quart des enseignants français a déjà enseigné en Anglais, que les grandes écoles, notamment les plus prestigieuses enseignent en anglais et que nous recommandons à nos étudiants, via Erasmus, d’effectuer une partie de leur scolarité à l’étranger. Vouloir appliquer l’enseignement en Français aux seules universités de manière stricte, c’est le multilinguisme pour les élites et le seul français pour la masse.

Les gros mots ont fusé : « capitulation » « suicide culturel et linguistique » et quand Daniel Fasquelle (UMP) a indiqué que nous donnions un mauvais signal, je lui ai répondu que le mauvais signal était d’abord celui de Nicolas Sarkozy ou Claude Guéant qui ont limité l’accueil des étudiants étrangers. L’abrogation de la circulaire Guéant était un signal attendu notamment en Afrique. La meilleure défense de la Francophonie est d’attirer plus d ‘étudiants étrangers, d’avoir une partie des cours dans une autre langue et de faciliter l’apprentissage du Français. Ce sont ces exceptions limitées que nous avons voulu inscrire dans la loi. 90% des jeunes chercheurs pensent que le choix de la langue ne se pose pas et que dans les disciplines scientifiques, il y a 40 ans que les publication, colloques et autre symposium sont faits en anglais et ce, sans dommage pour la francophonie.

L’Assemblée Nationale ressemble un peu au bal des faux-culs quand, la main sur le cœur, certains voulaient revenir à une situation qui n’est plus celle de nos facultés ou l’anglais mais aussi l’espagnol ou l’allemand sont enseignés dans certaines disciplines et ou certains Master sont aujourd’hui internationaux ? C’est encore plus vrai dans les grandes écoles, d’ingénieurs ou de commerce.

D’autres arguments plaident pour cette évolution mesurée. Les universités des régions transfrontalières ont tissé des liens qui leur permettent de préparer des diplômes en co-tutelle. C’est par exemple le cas de l’Université de Lorraine et de l’Université de Saarbrück. Les pays frontaliers de l’Est ont même créé une université de la Grande  Région associant L’Université de Lorraine et celle de Liège, Luxembourg, Trèves et Saarbrück.

Le vrai problème n’est sans doute pas l’enseignement dans d’autres langues mais le faible niveau d’anglais des lycéens. La loi sur la refondation de l’école favorise l’apprentissage d’autres langues dès le primaire mais il reste encore du chemin à parcourir pour parvenir au multilinguisme des pays d’Europe du Nord.

La meilleure manière de défendre la francophonie serait de rendre plus attractive nos universités et surtout d’y accueillir plus d’étudiants étrangers. La loi Fioraso peut y contribuer. Les amendements que j’ai présentés avec Patrick Bloche ont été retenus en commission. L’amendement de Pouria Amirshahi a été adopté et l’article 2 a été largement voté. C’était une tempête dans un verre d’eau. La bataille d’Hernani qui s ‘annonçait n’a pas eu lieu, une majorité se ralliant à cette position équilibrée laissant une petite partie de l’UMP s’essouffler dans une bataille d’arrière-garde.

Jean-Yves Le Déaut.

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